Victor Bailly

La prévention des déchets comme processus d'expérimentation et d'innovation sociale. Analyse comparée de l'émergence, de la diffusion et de la réception des actions préventives au niveau des collectivités locales.
IDENTIFICATION

Date de démarrage

01-10-2014

Directeur/superviseur

Rémi Barbier, François-Joseph Daniel

Projet de rattachement

Indigo

Financement

ADEME, Inddigo, UMR Geste

RESUME

Ce projet de thèse a pour vocation d’étudier les processus d’expérimentation et les dynamiques d’innovation territoriale en matière de prévention de la production de déchets ménagers. Il se fonde sur le constat d’un vide académique concernant l’étude de ces processus. En effet, les recherches actuelles en sciences sociales concernant la prévention se caractérisent soit par une approche « microsociologique » qui se focalise sur les pratiques quotidiennes des usagers sans faire de liens entre les différentes pratiques de prévention, soit par une approche « top-down » qui tente de saisir les conséquences des politiques de planification (plan départemental de prévention et de gestion des déchets non dangereux, programmes locaux de prévention) sur la rationalisation de l’action des services publics locaux. Pour combler ce vide, nous partons du postulat que les actions de préventions se concrétisent et se structurent par le biais de processus expérimentaux qui engagent les collectivités mais aussi les acteurs associatifs locaux. Notre approche se situe donc à mi- chemin entre sociologie de l’innovation et sociologie de l’action publique. Nous proposons ainsi d’articuler notre recherche selon trois objectifs.

Dans un premier temps, notre travail consistera à comprendre comment des expérimentations localisées en matière de prévention sont amenées à être validées, reconnues, généralisées et standardisées. Autrement dit, nous envisagerons les actions de prévention comme des innovations issues du monde associatif et des services publics locaux dont il faut mettre au jour les trajectoires et les modes de circulation pour pouvoir saisir in situ les processus de construction de référentiels d’action publique de la prévention. En sélectionnant une ou deux pratiques de prévention innovantes (compostage collectif, sensibilisation à la consommation durable...) dont nous retracerons la trajectoire socio-historique, nous verrons comment, depuis leurs premières expérimentations, elles se sont généralisées au point de faire partie intégrante du cadre réglementaire et du paysage sociotechnique.

Dans un second temps, nous interrogerons la façon dont l’objectif de prévention vient recomposer les frontières et les missions des services publics locaux (nouveaux métiers d’« accompagnement au changement », articulations possibles entre sphère publique et associative). En sélectionnant trois ou quatre collectivités au sein desquelles nous mènerons une enquête au plus près des acteurs locaux de la prévention, nous répertorierons et qualifierons les actions de prévention promues sur chaque territoire. Surtout, nous mettrons au jour la façon dont se construisent des référentiels d’action plus ou moins partagés entre collectivités, faisant ainsi émerger des « styles » de programmes locaux de prévention.

Enfin, pour compléter notre approche, nous intégrerons la question des destinataires de l’action publique. Après avoir mis en lumière la figure de l’usager dessinée par ces nouveaux dispositifs publics de prévention, nous mènerons une enquête qualitative pour saisir les représentations et les modes de réception des actions préventives par les usagers. Partant du constat que la majorité des recherches en sciences sociales ont tendance à segmenter les pratiques de prévention qui sont souvent envisagées indépendamment les unes des autres, nous les relierons pour les envisager comme un bouquet d’actions cohérentes.

Mots-clés:
Prévention et gestion des déchets, innovation sociale, accompagnement au changement, sociologie de l’action publique.