Cécile Tindon

Les vigies de l'eau: trajectoires d'engagement et contributions à la régulation des services
IDENTIFICATION

Date de démarrage

novembre 2013

Directeur/superviseur

Rémi Barbier (GESTE), Christelle GRAMAGLIA (G-EAU)

RESUME

L’objectif de la thèse est de comprendre les effets des mobilisations pour l’eau potable sur la régulation du secteur, à travers l’analyse de la structuration d’un champ associatif pour l’eau potable et l’étude des trajectoires d’engagement des militants. Nous nous intéressons à la manière dont les associations remettent en cause la configuration de la gestion locale de l’eau potable et définissent les enjeux de la ressource en eau dans le processus de leur mobilisation, au niveau local ou dans leur réunion en coordinations régionale ou nationale. Nous voulons montrer que les associations produisent dans leur mobilisation un « flux d’évaluation et de critiques de l’action des gouvernants par les gouvernés » (Rosanvallon, 2006) c’est-à-dire qu’elles positionnent la gestion de l’eau en enjeu politique et social, parmi les « affaires de la Cité » sur laquelle les citoyens ont capacités et légitimités à se prononcer. En plus de la politisation de la gestion de l’eau et des demandes de participation (à des dispositifs tels que les Commissions Consultatives des Services Publics Locaux), les associations mettent en œuvre une vigilance citoyenne qui leur permet de contrôler, dans son fonctionnement quotidien, l’administration du secteur de l’eau, les activités des élus et des opérateurs. Nous faisons l’hypothèse que la politisation, la participation et la vigilance sont les trois composantes de leur contribution à la régulation du secteur de l’eau, que nous nommons « régulation civique » pour en qualifier son caractère contestataire et son origine militante.

Le champ associatif pour l’eau potable, au contraire de celui de l’environnement, a été relativement peu étudié, alors que les mobilisations, depuis les années 1990, ont été productrices d’effets pour le secteur de l’eau, qu’il s’agisse de la renégociation des contrats de délégation de service public, des remunicipalisations et de leur participation aux CCSPL (ou de la remise en cause de ces dispositifs). Les travaux de thèse ont donc pour intérêt de faire la lumière sur des mobilisations méconnues et tout particulièrement sur deux angles morts : le premier concerne la base sociale de la régulation civique. C’est interroger l’identité des militants qui la mettent en œuvre à travers leur trajectoire d’engagement, pour comprendre à partir de quelles représentations (de l’eau ou de la démocratie) ils s’engagent, avec quelles compétences et comment ils se structurent en collectifs au sein d’un champ associatif pour l’eau potable en construction, à la fois restreint et dense, hétérogène et éclaté. Le second angle mort concerne les effets de la régulation civique sur la gestion du secteur de l’eau : comment politisation, participation et vigilance affectent la manière dont s’administre le secteur et se pense la ressource, et comment cette régulation civique, constamment négociée par les associations pour demeurer dans le champ de la contestation, se développe, se structure, se pérennise ou échoue à le faire.

Mots-clés:
sociologie de l'engagement, mobilisations sociales, sociologie des problèmes publics, gestion de l'eau potable, participation politique, démocratie participative, contre pouvoirs, régulation, usagers.