Projet PAPI

Emergence et entretien de la culture du risque d’inondation sur le périmètre du PAPI « Zorn aval et Landgraben »

IDENTIFICATION

Financeur

Convention SDEA/ENGEES

Date de démarrage

janvier 2017 ( 2 ans )

Partenaires

SDEA

Membres impliqués

Carine Heitz

DESCRIPTIF DU PROJET

La connaissance du risque d'inondation et l'émergence d'une « culture » de ce dernier apparaissent aujourd’hui comme des éléments clés de la capacité des sociétés à « vivre avec » ou à faire face à une catastrophe. La connaissance fine des multiples facteurs liés aux risques tels que leurs fréquences, leurs intensités, leurs impacts sur les sociétés, etc devient alors une donnée majeure, d'autant plus que les concepts polysémiques et complexes de vulnérabilité, de résistance ou d'acculturation sont largement utilisés dans le cadre des politiques publiques.

En d'autres termes, la gestion du risque ne tient plus seulement compte des aléas ou des enjeux mais englobe l'ensemble des composantes sociales et environnementales du risque. Par exemple, les études récentes montrent que le degré de « culture » du risque n'est pas seulement une conséquence de la perception des dommages liés à ce dernier mais est intimement connecté à une représentation plus vaste de l’environnement pratiqué par les individus, de leur relation avec le territoire, son fonctionnement, son histoire. Ainsi, analyser les relations entre l'évolution paysagère, l'aménagement des territoires et des cours d'eau, l'occupation des sols et les inondations permet de qualifier de quelle façon les individus perçoivent leurs environnements proches dans le temps et dans l'espace et par conséquent les risques qui y sont associés. Mesurer cette perception « paysagère » au sens large apporte des éléments de réponses sur : (i) les liens entretenus par les sociétés avec leurs territoires, (ii) les attitudes des populations face à leurs environnements proches et (iii) leurs comportements face aux risques recensés dans ces milieux. Une compréhension globale des paysages (des berges des cours d'eau aux aménagements « techniques » protecteurs) et de leurs représentations est ainsi une donnée importante dans la perception, la transmission et l'acculturation aux risques d'inondation.

En termes de « culture » du risque à proprement parlé, l’Alsace (et plus particulièrement le bassin de la Zorn et du Landgraben) se trouve dans une situation très particulière, puisque différents travaux universitaires ont montré que la région se caractérise par une réelle méconnaissance du risque d’inondation quelle que soit la population interrogée et une faible mémoire des événements remarquables.

Cette situation s’explique par des facteurs liés à l’histoire tourmentée de l’Alsace (3 conflits, 5 changements de langue et d’administration entre 1870 et 1945, etc.) induisant la perte ou la destruction de nombreuses sources d’archives. N'oublions pas de mentionner la méconnaissance de nombreuses sources du fait du classement particulier des archives de la période 1870-1918 (série AL des ADBR), ou d'une retranscription / traduction difficile due à la langue utilisée dans les écrits (de nombreux documents relatifs aux grandes inondations de la fin du XIXème ou du début XXème siècle sont écrites en allemand et en écriture gothique).

Par ailleurs, l’Alsace se caractérise par une fréquence d'inondations majeures à caractère régional relativement faible. Le dernier événement catastrophique date de février 1990 (à l’échelle de l’Alsace) ou de février 1998 si nous nous focalisons sur le bassin de la Zorn. Cette « distance temporelle » ne contribue pas à l’entretien d’une mémoire et d’une « culture » du risque d’inondation quels que soient les acteurs des territoires pris en compte.

A ces facteurs historiques s'ajoute la faible présence de repères de crue sur les territoires alsaciens en raison des nombreuses destructions dues aux guerres, des travaux d’aménagement contemporains, etc. Or, ces indicateurs sont essentiels à l’entretien de la mémoire du risque et à la (re)constitution de la « culture » du risque, notamment dans le contexte actuel de mobilité des populations, de perte relative de transmission intergénérationnelle et, in fine, de perte de lien avec les caractéristiques spatiales et temporelles des territoires. Par ailleurs, malgré l’obligation légale qui en découle, aucun Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) réalisé en Alsace depuis 1998 ne s’est encore accompagné de pose de repères de crue ou de valorisation des repères existants. La population ne semble pas être sensibilisée ou éduquée pour comprendre et intégrer la signification des repères de crue en Alsace. Il convient d’y remédier avant l’occurrence d’un événement majeur, afin de mieux « vivre avec » le risque d’inondation.

Dans le prolongement des travaux innovants entrepris dans la Haute Zorn et le Giessen, nous proposons comme principal objectif de trouver les informations permettant l’identification des sites et la pose de repères de crue dans le secteur de la Zorn aval et du Landgraben. Grâce à un travail de recherches géohistoriques, nous proposons de collecter ces données qui constitueront le socle d’une (re)construction de la mémoire et de la culture des risques.

Mots-clés:
Représentations ; paysages ; inondations , mémoire du risque